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Publié par Marcel DJABIOH

Gabon pays de la paix des cimetières ou la cour des crimes

Le dimanche 8 juin aux environs de 13 heures, alors qu'il avait pris part au culte dominical à la cathédrale Ste Marie, le Pr Albert Ondo Ossa a été victime d’une tentative d'assassinat à l’arme blanche au quartier haut de Gué-gué dans le premier arrondissement de Libreville.

Au volant de son véhicule, sa fille à ses cotés, le Pr Albert Ondo Ossa roulait dans le sens Kalikak-Mairie du premier Arrondissement. C'est au niveau de l’entrée du Club Saoty que son véhicule a été percuté par une voiture, l'obligeant à descendre de la sienne pour constater les effets du choc. c'est à ce moment que un des occupant du ladite voiture est sorti brusquement avec un couteau et l'a poignardé à deux reprisés sous le flanc gauche, certainement avec l'intention expresse de l'atteindre au cœur. Conduit par des riverains dans une structure médicale de la place, il a subit une intervention chirurgicale qui selon les médecins, s’est bien passé. Une enquête a été ouverte le jour même

Seulement jusqu'ici, cette enquête ouverte le même jour sous la direction du procureur de la république n'a semble-t-il encore rien donné, alors que la police judiciaire détient un enregistrement vidéo de la scène, filmée par les caméras de surveillance de l'ambassade de Turquie devant laquelle la tentative d'assassinat a eu lieu, la couleur et la marque ainsi qu'une partie de l'immatriculation du véhicule des agresseurs. La suite de cette affaire ressemble fort bien à celle de l'assassinat de Germain Mba en 1971 et de bien d'autres crimes mystérieux.

En effet, les gabonais ont été surpris de voir le Ministre de l’intérieur convoquer les médias pour rendre compte des faits dont le constat et le suivi relève des compétences du procureur de la république à qui il revenait s'il elle le jugeait nécessaire, de faire une déclaration sur les circonstances de cette tentative d'assassinat. Qu'est-ce qui a donc fait courir Mr le Ministre de l'intérieur dont ne dépend pas le procureur de la république ? C'est ce type de déclaration qui fut fait par le porte parole du gouvernement, à la suite du conseil des ministres extraordinaire tenu le lendemain de l'assassinat de Germain Mba. D'ailleurs, en plus de la déclaration du ministre de l'intérieur, comme si c'était la première fois qu'un citoyen était agressé, et Dieu seul sait combien ont été victimes d'agression au Gabon, le conseil des ministre du 10 juin 2014 en a fait mention en ces termes : "Le Conseil des Ministres condamne fermement l’agression dont a été victime le Professeur Albert ONDO OSSA, ancien membre du gouvernement de la République. Tout en lui souhaitant un prompt rétablissement et en témoignant son soutien à la famille de ce haut cadre, le Président de la République a instruit le Premier Ministre à prendre toutes les mesures qui s’imposent afin que les coupables soient arrêtés et que la loi s’applique dans toute sa rigueur". Malheureusement, malgré cette belle formulation à faire couler les larmes, ce passage du communiqué final du conseil des ministres suscite tout de même quelques interrogations.

  1. Pourquoi et le ministre de l'intérieur, et le conseil des ministres parlent-ils d'agression comme si le Pr Albert Ondo Ossa avait simplement reçu des coups de poings ou de gourdins, alors qu'il y a bien eu usage d'une arme blanche et intention de donner la mort ?
  2. Si les auteurs de cet acte avait réussi à mettre un terme à la vie de cet ancien Ministre opposé au régime actuel, parlerait-on d'agression ou d'assassinat ?
  3. Au cas où par l’extraordinaire, ces "agresseurs" étaient rattrapés, seront-ils jugés et condamnés pour agression ou pour tentative de crime, quand tout milite en faveur d'un acte prémédité ?
  4. L'on veut bien comprendre que des instructions soient données au Premier Ministre, en sa qualité de chef du gouvernement pour que les coupables soient arrêtés et punis. Mais pourquoi en plus du chef du gouvernement, ces mêmes instructions n'ont-elles pas été données expressément, aux ministres de la défense, de l'intérieur et de la justice, quand sait comment certains ministres, du fait de leurs relations très particulières avec Mr J'AI DÉCIDÉ, n'ont des comptes à rendre qu'à lui et se sente au dessus du Premier Ministre ?
  5. Pourquoi le gouvernement ne publie-t-il pas par voie de presse, des images contenues dans la vidéo pour permettre aux populations d'aider les enquêteurs à retrouver les malfaiteurs, comme cela se fait ailleurs ?
  6. En jetant le cadavre du bébé dans les bras du Premier Ministre, Ali'9 aurait-il oublié que dans sa dernière modification de la Constitution, il s'est fait le centre de la République a décidé que les questions de défense et de sécurité relèvent de son autorité directe ?

Tout ceci rappelle la manière avec laquelle les nombreux crimes politiques enregistrés au Gabon depuis des décennies ont toujours été traités, puis classés sans suite. De Germain Mba et Ndouna Depenaud, jusqu'à Joseph Rendjambe et Jean-Pierre Lemboumba Lempandou, en passant par Joseph Ambouroue Avaro, Pierre Fanguinoveny, le colonel Jean-Marie Djoué-Dabany, le Général Léon Ossiali Ongaye, le Dr Alexandre Okouoyo, Robert Brossard et sa femme, Guy Aîssa Dabany, Antoine Ayatsou, Doukakas Nziengui, le scénario a toujours été semblable à celui qui se dessine sous nos yeux.

A ces assassinats dont les résultats des enquêtes n'ont jamais été rendus publics comme les déclarations qui annoncent leur ouverture, s'ajoutent les crimes rituels qui se sont amplifiés ces dernières années et ponctuent le quotidien des gabonais sans que les auteurs et les commanditaires soient inquiétés. Un rapport des ONG gabonaises de Défense des Droits de l'Homme parle d'au moins cent crimes rituels connus par ans. Pourtant le Gabon continue d'être appelé pays de paix.

Tenez-vous bien. Selon des informations qui nous sont parvenues, comme dans le cas Germain Mba, une rumeur destinée semble-t-il à brouiller les pistes et à créer la diversion commence à circuler à Libreville. L'on tenterait de faire croire à l'opinion, que les auteurs de la tentative d'assassinat du Professeur Albert Ondo Ossa, seraient certains des étudiants récemment exclus de l'Université Omar Bongo, qui auraient décidé de lui régler des compte. Les propagateurs d'une telle rumeur mesurent ils la gravité de leur acte et les conséquences qui pourraient en résulter ? Serait-ce fait à dessein, en vu de préparer l'opinion à accepter une énième enquête sans issue ? L'enquête serait-elle déjà bouclée ? Pourquoi une telle agitation, alors que le gouvernement et Ali'9 font la sourde oreille depuis plusieurs années, face aux cris de détresse que les gabonais émettent devant l'insécurité qui menace en permanence chacun d'eux et ne cesse d'endeuiller chaque jour, de nombreuses familles ?

Fatigués d'entendre le gouvernement et Ali'9 qui a prêté le serment de préserver le peuple gabonais de tout dommage condamner les crimes, les gabonais attendent avec impatience les conclusions de l'enquête et les coupables arrêtés soient jugés et condamnés. L'heure n'est plus à la diversion car en dehors de la police judiciaire, la vidéo de la scène se trouve aussi dans d'autres mains et elle a déjà été analysée par des spécialistes.

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