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Publié par Marcel DJABIOH

Comme pour justifier les lendemains électoraux tumultueux devenus courants au Gabon, Ali Bongo a certainement pensé que le rappel historique de la contestation des élections politiques au Gabon que le rédacteur de son discours a cru bon d’y insérer, lui donnait là, l’occasion de convaincre les Gabonais de ce que ces contestations sont normales, voir génétiques et que les Gabonais devraient s'en accommoder.

 Si Ali voulait dire la vérité aux Gabonais, ce n’est pas de la contestation électorale qu’il devait parler, mais plutôt  de la fraude électorale devenu chronique chez les Bongo et leurs affidés. Pour la vérité de l’histoire, il aurait dit aux Gabonais que  les élections à l’Assemblée Constituante de 1945 pour la circonscription électorale Gabon-Moyen Congo, n’opposèrent pas principalement  Emile Gaston François Issembé, Gabonais d’ethnie Myènè et originaire de l’Estuaire,  à Jean Félix Tchicaya, Congolais d’ethnie Vili originaire de Pointe Noire. D’autres candidats figuraient bien dans la liste du collège des autochtones non citoyens, à l’exemple de Jean Hilaire Obame, Jacques Opangault,  Louis Bigmann, Jean Boudet, Aubert Lounda, Jean Rigo, Emmanuel Dadet, Simon-François Moussa etc.

Par la même occasion, aurait dû expliquer aux Gabonais que contrairement à son compatriote Jean Hilaire Aubame, « Partisan résolu de la tutelle française », mais présentait l’inconvénient d’appartenir à une ethnie indocile,  l’historienne Florence Berlaut, décrit Emile Gaston François Issembé, comme un personnage qui, du fait de « son esprit critique vis à vis de l’ordre colonial et vis à vis du mépris dans lequel les Africains restaient tenus, l’avait fait passer rapidement dans la catégorie des personnes douteuses », c’est-à-dire en qui la puissance coloniale ne pouvait faire confiance, quant à la défense des objectifs visés par Charles De Gaule à travers l’Assemblée Constituante et en AEF. Elle n’exclut pas, au regard des scores obtenus au premier tour par  Emile Gaston François Issembé et Jean-Félix Tchicaya, une manipulation des résultats des élections Constituante de 1945 au deuxième tour, par l’administration coloniale, en faveur du candidat Jean-Félix Tchicaya présentant lui, des garantie de docilité.

En effet, avaient obtenu au premier tour : Aubame Hilaire : 912 voix ; Emile Gaston François Issembé : 800 voix ;  Tchicaya Jean-Félix : 800 ; Boudet Jean : 72 ; Dadet Emmanuel : 588 ; Dzonza René : 29 ;; Lounda Aubert : 179 ; Opangault Jacques : 633 ; Rigo Jean :13 ; François-Moussa Simon : 66 ; Tchicaya Pierre 185 ; Bigmann Louis : 36.

Aucun candidat n'ayant réuni les conditions exigées pour être élu au premier tour, un second tour du scrutin fut organisé le 18 novembre 1945. Ce deuxième tour donna les résultats suivants : Tchicaya Jean-Félix : 1334 ; Aubame Hilaire : 987 ; Emile Gaston François Issembé : 855 ; Opangault Jacques : 956 ; François-Moussa Simon : 46.

C’est ici ce commence le cycle infernal de la manipulation des résultats électoraux en Afrique Centrale et le choix des dirigeants par la France, sur la base des soutiens politiques européens, empêchant toute alternance démocratique dans la sous-région, jusqu’à Ali Bongo.

En rappelant la liste d’Union nationale constituée lors des élections générales du 12 février 1961 par le BDG de Léon Mba et l’USDG de Jean-Hilaire Aubame, ce qu’Ali Bongo tente de cacher aux Gabonais, tout en faisant miroiter des postes à ses nouveaux alliés venus de l’opposition, c’est que cette alliance avait été planifiée par la France, afin de préparer un glissement vers l’institution d’un parti unique de Léon Mba rata de réaliser, mais fut fait par Albert Bernard Bongo, nouveau sous-préfet de la France. Ce dernier tenta d’ailleurs la même manœuvre via la Conférence Nationale de 1990.

Ce message du putschiste en chef doit donc éclairer les Gabonais et les appeler à ne plus se laisser imposer des sous-préfets et à continuer le combat pour le respect de leur souveraineté et de leur vote.

 

Sources :

  • Joachim E. Goma-Thethet : (Les élections à l'Assemblée nationale constituante de 1945 dans la circonscription du Gabon-Moyen-Congo) ;
  • Florence Berlaut : Démocratie ambigüe en Afrique Centrale.

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