Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Il est notoirement reconnu que la majorité des conflits internes ayant causé d'importants dommages dans de nombreux pays, ont toujours été motivés par des élections mal organisées et contestées. Qui a dit que le Gabon fera toujours exception dans une sous région où il a été jusqu'ici, l'un des rares pays à ne pas avoir vécu ce qui s'est passé chez les voisins ?

Pour mémoire, l'on se souviendra que le coup d'état de février 1964 fut la conséquence d'un entêtement de Leon Mba à imposer un régime présidentiel contre l'avis de la majorité des députés dont ceux de son parti, favorables à un régime parlementaire. Cette nuit-là, une partie de l'armée encore républicaine à cette époque, décida de le déposer sans effusion de sang. Malheureusement, l'intervention de l'armée française causa la mort de plusieurs soldats gabonais, dans un affrontement opposant les deux armées.

En 1993, c'est la proclamation de faux résultats par Antoine Depadoux Mboumbou Miyakou, qui mit la poudre au feu et fit frôler la guerre civile au Gabon. Ce soir là, alors que le gouverneur de l'Estuaire, Mme Pauline Ningone procédait encore au dépouillement des résultats de sa province, Bongo se fit déclarer vainqueur par son ministre de l'intérieur. Les réactions qui s'en suivirent placèrent le pays à un doigt d'une guerre civile entre les bongoïstes pédégistes soutenus par la force publique et les militants de l'opposition et L'on enregistra des morts à Libreville et Port-Gentil. N'eût été le réflexe courageux de Me Agondjo Okawé qui appela à la paix des braves et la sagesse d'Omar Bongo qui invita les acteurs politiques aux négociations de Paris, Dieu seul sait ce que le Gabon aurait vécu après cette élection de 1993.
Les mêmes effets produits par les mêmes causes seront enregistrés en 1998, 2005 et 2009.

De ces faits de l'histoire politique du Gabon, il semble que les émergents n'en ont tiré aucune leçon. Ils ne se souviennent pas de ces manifestations qui ne se calmèrent en 1993 que grâce à l'appel aux négociations qui aboutirent aux accords de Paris, de celles de 1998 qui entraînèrent la création de la Commission Nationale Électorale (CNE) et de celles d'Arambo en 2006, consécutives à la détérioration du climat politique survenu après la présidentielle de 2005.
Les gabonais ont encore en mémoire, août et septembre 2009 qui furent marqués par une élection mal organisée dont les résultats arrangés et proclamés ne pouvaient échapper à la contestation. Ils ont encore le souvenir des gabonais lâchement assassinés par le pouvoir à Port-Gentil. Ils se souviennent des assassinats enregistrés à Libreville, suite à des interventions disproportionnées des forces de défense contre des populations désarmées devant le siège du PNUD en 2011, au quartier cocotiers en août 2011 et au PK 5 en décembre 2014, ainsi que des nombreux blessés et des arrestations arbitraires opérées par le pouvoir à ces occasions.

A aucun moment depuis 2009, l'on a constaté de la part du pouvoir en place, une réelle volonté d'apaiser les tensions politiques et sociales par un dialogue franc. Au contraire, c'est aux menaces, aux intimidations, à l'arrogance, au mépris et à la répression que le peuple, les acteurs de société civile et de l'opposition ont toujours eu droit.

Malgré le fait que le vainqueur déclaré en 2009 ne l'aura été que par la force des armes et la complicité des institutions antirépublicaines, le pouvoir n'a jamais su faire preuve d'humilité. Les rares fois que s'est manifesté un semblant d'ouverture au dialogue, constatera que, soit celui-ci s'est transformé en monologue, soit les accords conclus sont restés lettres mortes, à l'exemple de ceux issus de la commission paritaire sur la biométrie.

Comptant sur la force publique et des institutions à son service et acquises à sa cause, voici que Bongo Ondimba II se lance dans l'organisation d'une élection donnant déjà lieu à des contestations et des dénonciations de procédure de révision des listes électorales. Qu'en sera-t-il après l'élection, si le pouvoir continue de s'entêter dans sa logique visant à organiser une élection sur la base d'un fichier électoral dont la confection est truffée d'irrégularités et volontairement bâclée par le ministère de l'intérieur ?

Quel gabonais conscient accordera du crédit à une Commission Électorale Nationale Autonome et Permanente (CENAP) dont le président est nommé par Bongo Ondimba II, sur proposition du Président de la Cour Constitutionnelle et au sein de laquelle la société civile est exclue ?
Quel gabonais conscient, au vu des expériences de 1993, 1998, 2005 et 2009, pourrait croire que la Cour Constitutionnelle serait désormais disposée à user de son indépendance pour contredire le ministre de l'intérieur qui aurait déjà déclaré qu'aucun candidat de l'opposition ne pourra être élu (sous entendu, même s'il est vainqueur ), lorsqu'on sait que les membres de cette institution doivent leur nomination au pouvoir à qui reconnaissance et soumission s'impose ?

La paix ne se décrète ni avec les armes, ni avec des lois. Elle participe de la culture et du respect des règles du vivre ensemble conçues et acceptées par tous, et des agissements responsables pouvant la garantir. En période aussi sensible que celle qui précède une présidentielle, cela passe nécessairement par l'organisation d'une élection démocratique transparente, crédible et incontestable, et non par une arrogance criarde dévoilant une volonté manifeste d'imposer au reste de la société, des règles taillées sur mesure par sois même et pour sois même. En méprisant les signes avant-coureurs de lendemains électoraux tumultueux et susceptibles de plonger le pays dans un chaos aux conséquences imprévisibles, Bongo Ondimba II et sa clique font preuve d'une légèreté déconcertante. Si l'expérience de 2009 leur parait renouvelable, cela signifie qu'ils n'ont toujours pas pris la mesure de ce qu'il ont réussi à faire germer dans le cœur de la majorité des gabonais qu'aucun état-major ne pourra plus contrôler d'ici là. Et seuls Bongo Ondimba II et sa clique en porteront la responsabilité, car ça n'arrive pas que chez les autres.

#Gabon : Ce coup de force en préparation épargnera-t-il le Gabon du chaos ?

Commenter cet article