22 Janvier 2015
Le procès de Nicolas ONDO OBAME, président de la mutuelle des étudiants de l'Universite Omar Bongo et ses collègues, arrêtés les 17 et 18 décembre 2014 a donné à leurs avocats l'occasion de mettre à nu, ce mardi 20 janvier 2015, au tribunal de première instance de Libreville, les tortures et autres traitements inhumains, régulièrement infligés aux détenus par les OPJ, du bureau du procureur aux milieux carcéraux gabonais. Soulevés parmi les exceptions de nullité de procédure par Me Paulette Oyane Ondo et soutenus par ses collègues Maitres Gisèle Eyué, Nkoulou Ndong et Moumbembé. Le récit des faits relatés par Me Oyane Ondo, ont donné froid au dos à tous ceux qui se trouvaient dans la salle d'audience, allant jusqu'à faire couler des larmes aux âmes les plus sensibles, sauf à Mme la procureure et à ses substituts, pour qui les sévices subis par ces étudiants, ne comptaient que pour du pipi de chat. Normal car un bourreau n'a jamais eu pitié de sa victime.
Selon Me Paulette Oyane Ondo, tout commence le le 17 décembre 2014, jour de l'arrestation, lorsque dans le bureau de la procureure, les jeunes Nicolas Ondo Obame et Mint’O Ella Duphy sont criblés d’injures, fouillés au corps et privés des effets qu’ils avaient sur eux. Alors qu’un OPJ exécutait cette basse besogne, un téléphone sonne d’une des poches d’un des étudiants et Mme la procureure ordonne à l’OPJ de le casser. Ce dernier pose le téléphone par terre et l’écrase de ses rangers. Elle fait déchausser les deux étudiants et ordonne qu’ils soient menottés et conduits sous escorte des forces de l’ordre, à la Brigade du Palais de Justice où ils sont jetés dans une cellule comme des sac de taros. Déshabillés et laissés en slip, Ils vont devoir s'asseoir à même le sol, dans une cellule insalubre et invivable pour tout être humain.
Prés de 2 heures plus tard, ils sont rhabillés, remenottés et conduits à la prison centrale par la Police Judiciaire armée jusqu’aux dents. Là, ils sont à nouveau déshabillés, mis à genou face contre terre, les mains menottées dans le dos et resteront dans cette position pendant encore près de 2 heures, avant d'être transférés à la Direction Générale de la Contre-Ingérence et de la Sécurité Militaire (B2), où ils recevront une bastonnade plusieurs fois par jours, subissant des traitements alternant entre bastonnade, injures de toutes sortes, menaces de mort et rabaissement psychologique etc… Ce, du 17 au 29 décembre 2014, nourris d’une boîte de sardine et d’un demi-pain jetés à même un sol infesté d’urine et de toute sorte de parasites, tels des animaux.
A cause de cette torture Nicolas Ondo Obame va développer une pleurésie, tandis que ses demandes de visite d’un médecin restent vaines et ne sera conduit à l'hôpital militaire, que bien plus tard. Quant à Minto’o Ella Duphy, il sera atteint d'une dysenterie aigue contractée 3 jours après son arrivée au B2, mais n’a été conduit à l’hôpital militaire que le 23 décembre 2014. Il n'en est pas guéri jusqu’à ce jour. Le 18 décembre 2014, suite à un appel téléphonique de Nicolas Ondo Obame sous menaces, aux environs de 9h, leur demandant de lui apporter d’urgence de quoi manger, les jeunes Obame Mebiane Edvin Ballack et Ella Engongha Lionel répondent à la sollicitation de leur collègue. Mais une fois dans les locaux du B2, ils sont conduits dans le bureau d'un OPJ qui les menace et finit par les déshabiller et les jeter dans des cellules isolées, en slip. A 2 heures du matin, Nicolas Ondo Obame et Lionel Ella Engongah sont conduits manu militari dans le bureau d'un OPJ où Lionel ELLA ENGONGAH est sommé de se mettre à plat ventre et bastillé au ceinturon par deux agents, sur ordre de l'OPJ, puis ramené en cellule.
Ce type de traitement leur est infligé tous les jours jusqu’au 20 décembre, lorsque l'un d'eux il est réveillé au beau milieu de la nuit par deux agents qui s’introduisent dans sa cellule. Un lui braque une arme à la tempe pendant que le deuxième lui fait subir des actes de barbaries innommables dignes de Sodome et Gomorrhe dont le préjudice est illustré par la photo ci-dessous ; allant jusqu’à le menacer de mort, en cas de défaut de silence de sa part.
Pour ce qui concerne Obame Mébiane Edwin Ballack, il subira le même traitement inhumain. Comme Lionel Ella Engongah, Il sera copieusement bastillé le premier jour, puis le deuxième, jusqu'au coma. Bien qu’étant dans cet état, ses tortionnaires qui croient à une comédie, continuent de le tabasser de toutes parts, avant de réaliser qu'il est inerte. Craignant de l’avoir finalement tué, ils vont le transporter nuitamment à l’hôpital des instructions des armées. D'où la rumeur annonçant son décès. Très choqué par son état, le médecin qui le traite interdit son enfermement et rédige un rapport à cette fin, dont les autorités du B2 n’en tiendront aucun compte. Il est remis en cellule jusqu’au 29 décembre 2014 à 23 heures, heure à laquelle il sera présenté au Parquet de la République, en même temps que ses collègues, après une garde à vue illégale de 12 jours et de 13 jours pour Nicolas Ondo Obame et Mint’O Ella Duphy, en violation de l'article 50 alinéa 3 du code pénal gabonais.
Gardés au secret, ils n'ont eu droit à aucune visite ; ni de leurs familles ni de leurs avocats, subissant des traitements inhumains et dégradants, interdits aussi bien par le Code de Procédure Pénale gabonais (articles 50 alinéa 3 et article 53) que par des dispositions du droit international des droits de l’Homme dont le Gabon est signataire. Ces traitements sont qualifiés d'actes de torture, notamment par l’article 5 de la Charte Africaine des droits de l’Homme et des Peuples, de même que la Déclaration sur la protection de toutes les personnes contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants qui décrit comme un acte de torture : "Tout acte par lequel une douleur ou des souffrances aiguës, physiques ou mentales, sont délibérément infligées à une personne par des agents de la fonction publique ou à leur instigation, aux fins notamment d'obtenir d'elle ou d'un tiers des renseignements ou des aveux, de la punir d'un acte qu'elle a commis ou qu'elle est soupçonnée d'avoir commis, ou de l'intimider ou d'intimider d’autres personnes".
Tel est le calvaire vécu par ces étudiants, dans un lieu de détention du Gabon, état dit de droit, sans que cela n'émeuve Mme la procureure et ses substituts dont la mission première est la promotion et la défense des droits de l'Homme, quel que soit le statut social de la personne. Pourtant, derrière autant d'horreur et de bestialité, on présente une autre image dans les discours et devant les caméras de télévision. Quelques questions bêtes et idiotes mais utiles.
Le tribunal a décidé de joindre au fond, l'exception de nullité de procédure soulevée par la défense et d'y statuer lors d'une prochaine audience. Mais la défense a décidé d'interjeter appel. Espérons que la cour d'appel donnera raison aux avocats des étudiants pour que le parquet et les OPJ du Gabon ne se sentent plus en droit de violer le code de procédure pénal et les droits de l'Homme dans les milieux carcéraux.