2 Mai 2015
Ce qui s'est passé sous les yeux des gabonais et des représentations diplomatiques accréditées au Gabon a été un spectacle des plus nauséabonde. De mémoire de gabonais, jamais pareille chose ne s'est vu dans aucun village, aucun département, aucune province du Gabon. C'est à croire que la politique et le goût d'user du pouvoir, ont transformé certains gabonais en véritables animaux sauvages. Où sont passées nos valeurs culturelles qui vouent aux morts, un minimum de respect ? Qu'a gagne le pouvoir à vouloir absolument démontrer sa puissance dans une affaire qui l'a conduit à des agissements le discréditant ?
Ont été responsables de cette situation, Bongo Ondimba II, Basile Mvé et la cellule de communication de la présidence de la République.
Tout a commencé avec l’acharnement de Bongo Ondimba à vouloir coûte que coûte, participer d'une manière ou d'une autre, aux obsèques de quelqu'un pour qui il n'exprimait visiblement aucune compassion, alors qu'il était malade. Personne ne pourrait lui en vouloir pour ce désire, car cela aurait pu être une manière pour lui, de se faire pardonner de l'indifférence, de la haine et de la méchanceté dont il aura fait montre vis à vis d'un compagnons avec lequel on a passé vingt cinq ans de complicité et qui continuait de l'appeler « Mon frère ». C'est même normal.
Mais la chose devient anormale quand face au refus de certains membres de la famille de Mba Obame, de répondre à ses sollicitations, Bongo Ondimba II fait du forcing et se sert de l'archevêque Basile Mvé, pour toucher les maillons les faibles de cette famille, qu'il reçoit en audience publique à son bureau de la Présidence de la République, alors qu'il ne s'agissait ni plus ni moins, que d'une affaire strictement privée qu'il aurait pu traiter à sa résidence, en toute discrétion. Chez les Bantou, les questions se rapportant à un deuil se traite à partir du couché du soleil, et c'est la personne (Président ou pape) qui souhaite assister la famille endeuillée qui se déplace et non l'inverse. Les membres de la famille d'André Mba Obame qu'il avait reçu, n'habitant pas tous la même maison ou le même quartier, Bongo Ondimba II aurait donc pu demander que cette rencontre ait lieu au domicile de l'un d'eux, en dehors de la maison funèbre, plutôt qu'au bureau. Qu'à cela ne tienne, passons, car lorsqu'on n'est ignorant des us et coutumes d'un peuple sur lequel on règne, il est impossible de s'y conformer, préférant imposer sa volonté.
C'est lorsque l'entourage de Bongo Ondimba se lance dans des actes, des déclarations inappropriées et une communication inadaptée vu le contexte, qu'ils ouvrent la voie à toutes sortes d'interprétations. Entre les accusations et les avertissements adressées à l'opposition quant à une utilisation du décès d'Amo à des fins politiques ; les enlèvements et les séquestrations arbitraires, la publication par la cellule de communication de la présidence, du témoignage incohérent d'un délinquant prétendant avoir participé à la préparation d'un plan à lui dicté ; des informations sur la présence d'armes à nos frontières, « lourdement » reçues par le ministère de la défense ; le lancement d'une opération baptisé « Ngéné » qui n'a jusqu'ici produit aucun résultat ; la découverte d'une cargaison d'armes sur la petite île de « Nendjé » et enlevée les mains nues, sans précautions et en catimini, sans que la Procureure de la République et des officiers de police judiciaire ne se soient rendus sur cette île pour un constat, avant d'ordonner son déplacement et d'annoncer l'ouverture d'un enquête ; l'ouverture des caisse et maniement desdites armes par la garde de Bongo Ondimba II, nullement concernée par les affaires judiciaires, peu de gabonais s'expliquent les raisons profondes d'une telle agitation de la part du pouvoir dès l'annonce du décès d'AMO.
Portant, c'est dans un décor aussi tumultueux, que Bongo Ondimba II, fait une récupération politique du décès d'André Mba Obame, pour tenter de se faire bonne presse. A cet effet, monsieur et sa cellule de communication trouvent ingénieux d'enregistrer et de publier des images de sa rencontre avec la délégation de la famille du défunt, conduite par l’archevêque Basile Mvé, que certains émergent prétendent avoir tenu une réunion avec toute la famille et aurait reçu mandat pour conduire cette délégation (kiakiakiakia !). Les journaux proches du pouvoir en feront leurs choux gras, pour des besoins de propagande politiques (voir la page politique de l'Union du 28 avril 2015). Tout ceci n'aura pour conséquences que la division d'une famille qui vient de perdre un grand pilier, à en juger par la montée au créneau des enfants du défunt sur TV+, le désaveu du reste de la famille et l'indignation de plusieurs gabonais.
De tout ce tralala, naîtra un climat malsain suscitant une méfiance qui occasionnera des allés et venus de la dépouille d'André Mba Obame entre l'aéroport de Libreville et le siège de l'Union Nationale, étant entendu que selon les us gabonais, lorsque corps est sorti de la maison mortuaire, il ne doit plus y revenir, au risque de créer une série de malheur dans la famille. A cela, c'est ajoutée tout le dispositif militaire déployé au fret de l'aéroport de Libreville et ses environs, allant de la police à la garde Républicaine, en passant par les bérets rouges, lourdement armés.
Finalement, la dépouille ayant pu quitter Libreville pour Oyem, le 1er mai 2015, qu'en ont tiré Bongo Ondimba II et ses émergents ? « Vanité de vanté, tout est vanité ». Et, « De la poussière nous avons été tiré, à la poussière, tous nous retournerons ». Tenter d'humilier un homme même mort ne peut grandir les auteurs d'un tel manque d'humanisme, juste par peur d'une insurrection imaginaire.