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@news_va_fr, #Gabon : Lettre ouverte au Pape François

 @news_va_fr, #Gabon : Lettre ouverte au Pape François

«Défendez les plus faibles contre les violences de toutes sortes» (Pape François)

Lettre ouverte au Pape François

Très Saint Père,

Nous sommes des citoyens gabonais engagés. Croyants et pratiquants pour certains, athées, pour d’autres, nous sommes surtout des hommes et des femmes épris de justice et de paix.

Aussi, par cette lettre ouverte, nous venons nous confier à vous et vous exprimer notre désarroi face à l’attitude de l’Eglise catholique du Gabon vis-à-vis d’un peuple opprimé.

Il semble que vous ayez renoué avec la doctrine sociale de l’Église, mettant ainsi votre pontificat sous le signe du soutien aux pauvres et la promotion de la justice pour le bien commun.

C’est ainsi que, lors de votre rencontre avec tout ce que la planète compte de pauvres et d’exclus, du 27 au 29 octobre 2014, vous avez déclaré que « la solidarité avec les pauvres est la base même des Évangiles ». Vous avez également ajouté que : « Les pauvres n’attendent plus les bras croisés des solutions qui ne viennent jamais. Maintenant, les pauvres veulent être acteurs de leur destin et trouver eux-mêmes une solution à leurs problèmes. Les pauvres ne sont pas des êtres résignés, ils savent protester, et se révolter. (…) J’espère que le vent de cette protestation deviendra un orage d’espérance. »

Le 22 décembre 2014, vous avez dressé un « catalogue » de quinze maladies qui menacent le clergé, parmi lesquelles la mondanité, l'hyperactivité, les rivalités, les bavardages, la corruption. A cette occasion, vous avez convié le clergé à « un vrai examen de conscience », estimant que, comme « tout corps humain », les prêtres souffraient « d'infidélités » à l'Evangile.

Il semble que votre appel n’ait pas été entendu au Gabon, pays majoritairement catholique. En effet, le clergé gabonais, plus que jamais, souffre fortement des maux que vous dénoncez. Il participe activement à la répression des citoyens et se trouve complice de la spoliation des populations.

Pour votre information, le Gabon est dirigé depuis près de 50 ans par une seule et même famille : les Bongo. Omar Bongo, le père, est resté au pouvoir de 1967 à 2009, année de sa mort. Déjà, à cette époque, Mgr Basile Mvé Engone se montrait particulièrement proche du pouvoir en place. On découvrira par la suite qu’il était le bel-oncle d’Omar Bongo. Est-ce pour cette raison qu’il n’a jamais dénoncé la mauvaise gouvernance ni la violation massive des droits de l’Homme qui ont caractérisé le règne de ce dernier ? Lequel, nous pouvons l’affirmer ici, s’est toujours montré très généreux à l’endroit de Mgr Mvé Engone.

En 2009, grâce au soutien de l’armée et d’institutions très partisanes, Ali Bongo a succédé à son père, perpétuant ainsi un régime criminel dont la connivence avec l’archevêque de Libreville s’est considérablement renforcée au fil des années. Confrontées à une recrudescence des crimes dits rituels, à une dépravation accélérée des mœurs, à une répression violente et systématique, à l’apologie sans précédent des sectes, les populations gabonaises n’en peuvent plus. Qu’il est loin, l’espoir suscité en novembre 2011 par votre prédécesseur Benoît XVI, lors de son discours au palais présidentiel béninois : « La personne humaine aspire à la liberté ; elle veut vivre dignement ; elle veut de bonnes écoles et de la nourriture pour les enfants, des hôpitaux dignes pour soigner les malades ; elle veut être respectée ; elle revendique une gouvernance limpide qui ne confonde pas l’intérêt privé avec l’intérêt général ; et plus que tout, elle veut la paix et la justice. » !

Au Gabon, vous l’avez compris, il y a longtemps que l’archevêque de Libreville a résolument choisi de soutenir le pouvoir en place contre la population.

Récemment encore, il l’a prouvé en organisant, le 22 avril dernier, une rencontre entre Ali Bongo et trois membres de la famille de M. André Mba Obame, Président élu en 2009 – mais qui n’a jamais pu exercer le pouvoir. Cette opération de manipulation et de communication politicienne visait en réalité à permettre à Ali Bongo de tirer profit des funérailles de M. Mba Obame qui, pourtant, lui-même, accusait les actuels dirigeants de l’avoir empoisonné. Ladite rencontre ayant été médiatisée, le peuple a tout simplement décidé de boycotter la messe prévue par l’archevêque et à laquelle devait assister Ali Bongo.

Dans l’esprit de nombreux Gabonais, M. Ali Bongo voulait, à l’occasion de cette messe, accomplir un acte rituel autour de la dépouille mortelle de M. André Mba Obame et ce, avec la complicité de Mgr Basile Mvé Engone.

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Depuis ce fait, la défiance des chrétiens envers Mgr Basile Mvé Engone et l’Eglise s’est accentuée. Il y a défection des églises par des fidèles qui ont longtemps supporté les écarts du clergé.

Mgr Basile Mvé sait très bien ce qui ne fonctionne pas au Gabon. Il sait qu’Ali Bongo a violé la constitution gabonaise. Il connait les maux qui minent profondément la société gabonaise. Il sait que la majorité des Gabonais vivent en dessous du seuil de pauvreté malgré toutes les richesses du pays, mais jamais nous ne l’avons entendu se prononcer pour venir au secours des populations à l’instar de ses confrères du Congo, du Cameroun ou du Burkina Faso. Sans doute à cause de l’argent qu’il reçoit du pouvoir en place. D’ailleurs il est surnommé « Valise » Mvé Engone en référence aux valises d’argent qu’il reçoit de la présidence gabonaise depuis des années. Dès lors, nous comprenons qu’il préfère l’option préférentielle des riches !

Jamais nous n’avons entendu les évêques du Gabon se prononcer ouvertement et fermement contre les agissements du pouvoir en place. JAMAIS.

Nous suggérons au Vatican d’enquêter sur les biens personnels des évêques du Gabon et plus particulièrement sur la fortune de Mgr Basile Mvé. Car, comme le disait Benoît XVI : « En ce moment, il y a trop de scandales et d’injustices, trop de corruption et d’avidité, trop de mépris et de mensonges, trop de violences qui conduisent à la misère et à la mort ». Il y a lieu ici d’envisager de reverser les biens mal acquis par Basile Mvé Engone à l’Eglise gabonaise, pour le bien de tous.

Pour le moment, nous attendons tous avec une grande impatience son départ prochain à la retraite, et nous souhaitons que le choix du futur archevêque de Libreville soit des plus judicieux. Il nous faut quelqu’un qui redonne confiance et fierté au peuple martyr du Gabon, quelqu’un qui saura se retrouver du côté des pauvres et des opprimés pour lutter avec eux. Quelqu’un qui laisse l’Esprit Saint inspirer ses actions. Quelqu’un qui vous ressemble, qui s’inspire de vous, Très Saint Père, et qui aura toujours à l’esprit ces paroles pleines de sagesse de votre prédécesseur : « Il n’est pas facile de vivre la condition de serviteur, de rester intègre parmi les courants d’opinion et les intérêts puissants. Le pouvoir, quel qu’il soit, aveugle avec facilité, surtout lorsque sont en jeu des intérêts privés, familiaux, ethniques ou religieux. Dieu seul purifie les cœurs et les intentions ».

Dans l’espoir que nos cris seront entendus par le Berger et Disciple du Christ que vous êtes, nous vous prions d’agréer, Très Saint Père, nos plus respectueuses salutations.

Libreville, le 18 mai 2015

Georgina AYINGONE

Axelle KOMBILA MOUSSOUNDA

Félix Bongo

Marc ONA ESSANGUI

Jean-Pierre MPIGA

Annick ANTCHOUE

Alphonse LOUMA EYOUGHA

Sosthène NGUEMA NGUEMA

Alix ABAGHA OMVA

Marion NTSAME

Michel ONGOUNDOU LOUNDAH

Sentiment ONDO

Marcel DJABIOH

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