26 Avril 2018

Dans une lecture politique simpliste qui ne correspond ni au contexte ni à la conjoncture, le boycott des élections est à priori, perçu comme une opposition radicale au pouvoir en place dans l'optique de le déstabiliser. Dans le cas du régime Bongo/pdg dont le machiavélisme est connu de tous, il faut apprendre à faire la meilleur lecture de sa copie d’opposant dit radical, à chaque échéance et à chaque conjoncture, avant de prendre des positions dont les effets n’apportent aucune plus-value dans le combat pour l’alternance, encore moins dans la chute du régime mais servent plutôt à le renforcer.
En effet, dans un contexte comme celui des prochaines législatives et à l’analyse en profondeur de la donne politique de l’heure, le boycott n’est rien d’autre qu’un soutien à la stratégie du pouvoir et surtout une volonté manifeste de pénaliser inutilement les partis de l’opposition qui ont décidé d’y participer.
Faire valoir une pseudo bipolarisation Boycotteurs-électoralistes au sein d'une Coalition dont le chef n'a condamné ni les partants ni les non-partants est la manière la plus naïve et la plus ridicule qui soit, d'accompagner le régime dans sa sale besogne visant à « clochardiser » la pratique politique et surtout l’accompagner dans son dessein de diviser l’opposition et de se donner le pouvoir de continuer à supprimer de tous les textes de la République, les principaux acquits démocratiques obtenus depuis les années 90, par le peuple gabonais au prix de répressions, d’emprisonnements, de tortures et d’assassinats de compatriotes, de 1982 à nos jours.
Les partis politiques ne convergent et ne divergent que par leurs idéaux et leurs programmes. Passer de l'opposition à l’exercice d’un des pouvoirs, législatif et exécutif ou de l’exercice de ces pouvoirs à l’opposition est la chose la plus normale dans la vie d'un pays, et ça s'appelle l'alternance. Faire croire aux Gabonais de l’opposition qui luttent pour y parvenir, que l’alternance ne se limite qu'au pouvoir suprême, ce n’est rien d’autre qu’une duperie.
La diabolisation des partis qui ont décidé de participer aux prochaines législatives est le plus grand service à rendre au pouvoir et aux partis qui lui font allégeance. Le discours cousu d’arguments du genre : « on sait que le pouvoir va encore frauder ; il ne laissera jamais l’opposition gagner ; aller aux législatives c’est trahir le Président élu pour l'isoler ; c’est renoncer à sa victoire et légitimer le pouvoir etc » ne sert qu’à conforter le pouvoir dans sa logique de se croire tout permis, de caricaturer la politique et de la vider de son sens.
Pour certains, tout est justifié et seuls les partis de la Coalition qui ont souverainement décidé de participer aux législatives, refusant de céder au fatalisme gabonais doivent être vilipendés. Le reste qui manifestent pourtant la même volonté, qu'ils soient de l’opposition ou de l'allégeance au pouvoir seraient semble-t-il « dans leur rôle ». Ne peut-on donc pas voir à quel point le pouvoir compte sur ce radicalisme et ce fatalisme de l’opposition dans ses stratégies machiavéliques ? D'où vient l'idée de penser que le pouvoir se gênera d’un taux d’abstention de 99,93 % ou d’un score à la soviétique comme en 2011 et que cela lui serait préjudiciable ? Il en profitera bien et même qu’il en profitera sans modération. En s’opposant donc exclusivement aux partis de la Coalition favorables aux législatives, l'opposition défavorable, apporte un soutien passif voir objectif, au pouvoir et au partis d'allégeance.
L’on comprend bien que face à un pouvoir dictatorial aussi autiste et moribond, il soit plus facile de prôner et de défendre une non-participation. Mais de là à être aussi hostile à toute volonté, même d’un allié, de vouloir exploiter l’Assemblée Nationale pour s’opposer au pouvoir de l’intérieur d'une institution, il y a quelque chose qui cloche. A y regarder de près, cette façon simpliste d’opter pour la facilité et le populisme politique, n'a pour seul effet que de ménager le pouvoir qui ne s’en retrouvera que maître d’une seconde institution qu’Il se payera le luxe d’orner avec des partis qui ne lui serviront que d’alibis devant la communauté internationale.
Si l'on reconnait que les instances des partis politiques qui vont aux législatives sont aussi souveraines que celles de ceux qui n’y vont pas, pourquoi donc se croire compétent pour s’opposer aux décisions d’un parti dont on n'est pas membre ? Participer à une élection ou la boycotter relève, essentiellement, d’une stratégie politique conjoncturelle propre à chaque parti politique. Libres de leurs choix, des partis de l'opposition peuvent s’accorder sur un minima autour d’une alternative politique à la hauteur des défis de l’heure et de la complexité d'une crise. C’est semble-t-il le cas des actuels pestiférés qui ont pensé que l’Assemblée Nationale pourrait constituer une tribune pour une opposition unie, qui saura y garder son autonomie. Et parmi ces partis, il y en a qui par le passé ont démontré leur autonomie et leur liberté de ton au parlement, sans jamais faire allégeance au pouvoir. L’on se souviendra des interventions pertinentes et embarrassantes des groupes parlementaires conduits par Pierre MAMBOUNDOU MAMBOUNDOU et Zacharie MYBOTO qui à maintes reprises, avaient mis en difficulté, les gouvernements de l’époque et leurs Premiers ministres Jean EYEGHE NDONG et Paul BIYOGHE MBA.
Tout gabonais attentif au débat parlementaire sait que c’est grâce au Sénateur Jean-Christophe OWONO NGUEMA que depuis décembre 2015, le gouvernement ne transmet plus au parlement, une loi de finances sans loi de règlement ; qu’en décembre 2017, Il s'opposa seul à la révision constitutionnelle qualifiée de « diversion » par certains membres de son groupe parlementaire, et obtint le retrait de certaines dispositions, dont celle relative à obligation pour la cellule familial et le corps enseignant, de protéger la jeunesse contre 1'exploitation et contre 1'abandon moral, intellectuel et physique.
Si en politique, le boycott est avant tout une action ayant vocation à s’opposer au pouvoir et non à l’opposition, celui qui est prôné aujourd’hui vise quel objectif et pour quel résultat contre le pouvoir ? Sachant que même en temps normal, certains partis n'auraient pas pu investir ne serait-ce qu'un seul candidat, plutôt que de discréditer ces partis de la Coalition au seul motif qu’ils veulent continuer le combat avec les armes qu'ils refusent d'utiliser, les non partants ne gagneraient-ils pas à concentrer leur énergie dans l'organisation des troupes en vue d'une action décisive susceptible d'aboutir à la chute de l'usurpateur et au passage au pouvoir du Président Jean PING que l’on voudrait tous voir organiser les prochaines élections législatives ? Il semble que ce sera plus utile à la lutte pour la démocratie véritable, le changement et l’alternance au Gabon !
(Inspiré d’une analyse du citoyen algérien M. Moussa Nait Amara qui a observé les même atermoiements au sein de l’opposition de son pays).